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mercredi 16 mars 2016

périphéries #18

 
Avec mon grand-père après le déjeuner.


- Tout ça avant, le long du canal, il y avait des peupliers. Il y avait pas toutes ces maisons à l'époque. À la pause déjeuner, au lieu de rentrer ça m'arrivait d'emmener mon sandwich, je me mettais là, et je tirais des oiseaux.

- Tu travaillais où ?

- Avec mon père, sur les chantiers.

- Mais tu chassais ?

- J'emmenai mon sandwich, mon fusil, et je me mettais là-bas.


[…]

- Ici, à la libération, il y a eu un camp de concentration. Là, à la place du pâté de maison.

- ... Un camp ?

- Oui. Enfin un camp de travail mais en fait c'était un camp de concentration. Les gens mouraient par cinquante.

- Mais c'est resté combien de temps ?

- Oh, je sais pas, de 46 à 50 peut-être ? C'était terrible. On en parle pas, de ça. C'était des prisonniers allemands qui venaient de la poche de La Rochelle. Il y avait plus que trois poches à ce moment sur la côte... c'était heu, Lorient, La Rochelle et Royan.

- Il y a eu combien de prisonniers ?

- Peut-être, disons, 2000 ? Il sont venus à pied de La Rochelle, je me souviens, j'avais oh, dix douze ans ? Il y avait du monde dans la rue, quand t'es enfant et qu'il y a de l'agitation, tu regardes... Ils sont arrivés à pied et un voisin m'a dit «rentre chez toi».

[Plus tard dans la voiture]

- Tout ça, c'était le camp, et là à droite les installations militaires, la piscine et le terrain de sport... C'était pas propre ce qui se passait. C'est des choses dont tu te souviens, j'étais gamin... C'est des choses pas propres.


lundi 21 décembre 2015

I wanna go out but I wanna stay home



 
11 h 40, déjà. Il fait un temps magnifique pour un mois de décembre, et j'arrive à être simultanément motivée à l'idée de faire les magasins et vaguement nauséeuse du passage à l'acte. J'ai été tellement enthousiaste d'emballer des cadeaux pour tout le monde cette année et maintenant je voudrais ne pas avoir à regarder quiconque les ouvrir – période critique fin décembre début janvier, super envie de chialer rapport au fait que tout est dégueulasse mais c'est vraiment pas le moment d'une manière générale, et de toute façon il me faut un pantalon neuf.

La libraire dit à la femme devant moi, d'un ton vaguement accusateur (mais pas dirigé spécifiquement) : « mon mari a vu de la neige sur le Kilimanjaro, et ça c'est fini, ça n'arrivera plus jamais ! » et moi j'achète un roman Harlequin défraichi car comment ne pas désirer un livre qui débute par : Debout devant le plan de travail de sa cuisine, Jeff Brooks coupait furieusement des poivrons en tranches, (...) - c'est d'ailleurs ce que j'écrirai dans la dédicace.

Les employés de la bijouterie ne me calculent pas ce qui fait que je n'offrirai pas de bracelet en or à ma grand-mère, et aussi parce que j'ai le sentiment que ce que je veux lui dire est : «cela m'attriste que l'on ne se comprenne pas» et ça n'a rien à voir.

Quelqu'un dit quelque chose, je pense «souviens-t'en» mais j'ai oublié.

Je n'ai pas dormi, je croise ce garçon dans la rue, il ne me voit pas mais j'insiste, réflexe suprêmement idiot que je regrette sur-le-champ
pourquoi faut-il toujours rencontrer des anciens amoureux les jours où on a le teint gris clair et l'air morte et marrant sept ans après un premier amour de rencontrer ses parents – il me présente en disant « on était au lycée ensemble » et pas « je l'ai baisée », ce qui n'a pas toujours été le cas (mais ce n'était pas non plus «on était ensemble au lycée», quand j'y pense) ; il fait une réflexion sur mes cheveux et moi aucune tentative d'être polie avec son père c'est vraiment une journée fatigante.

Dans cette librairie j'ai un fou rire intérieur devant un livre de Sénèque, rapport à... enfin, bref.

Dans les minutes qui suivent je reçois un message de M. J'ai trop d'ex-copains, et ils se laissent tous pousser la barbe. Heureusement la plupart ne m'adressent plus la parole ou l'inverse.

Dans le tram, un homme qui semble avoir des hallucinations visuelles et auditives très importantes trimballe un chat roux dans une caisse à chat qui miaule à la mort, le chat pas la caisse.

Devant la pharmacie un pigeon unijambiste
et aussi plein d'autres choses vivantes.

Je monte l'escalier galvanisée par l'envie d'écrire toutes ces choses, l'appartement est froid et assez sombre. On ne reçoit plus de lumière directe à 15 h 28.


lundi 11 mai 2015

Depuis toujours.

 
Je redémarre et je file tout droit.

Quelque chose dans la route me rappelle, vaguement... Quelque chose de quand le bus passait à quelques kilomètres de cette ville... Quelque chose du remuement dans le ventre quand je lisais sur un panneau le nom de cette ville, quelque chose qui savait vaguement comment étaient taillés les buissons de cette route de cette ville... Quelque chose qui était allé chez ce garçon-là une seule fois et se souvenait mal du chemin.

Je prends le dos-d'âne à 50, la secousse est désagréable. Ce n'est même pas le même quartier.

Surprise que la sensation puisse resurgir, pas intacte tout à fait, après ce temps – pas tellement de temps, seulement quelques années très différentes. Ça file et quand je veux le cerner ça se dissipe. Surprise, peut-être d'ailleurs en bien, par une copie floue, une sauvegarde disque-dur de ce quelque chose qui

Avant que ça parte, ça éclaire très brièvement tout un pan de trucs qui replongent immédiatement dans l'obscurité.
Comme au bord du réveil on met le doigt – l'esprit - sur quelque chose de très exact puis on oublie, le quelque chose promène un instant une lumière d'évidence sur une personne un tout petit peu différente

Pas du tout, à vrai dire, quelque chose sur ce garçon-là et ce que c'était ;
mais quelque chose sur pourquoi on s'agenouille dans les graviers pour ce garçon-là et puis pour ceux qui le demandent ; quelque chose sur les coquilles d'huitres dans la nuit ; quelque chose sur ce que c'était d'avoir cet âge.

Il fait encore jour, il est presque 22 heures. Le ciel est rose et je fais défiler les stations de radio à la recherche d'une conclusion. Quand ça tombe enfin sur cette chanson, je pourrais me figurer que c'est un signe, mais je sais bien que les radios passent tout le temps Louise Attaque.




mardi 27 janvier 2015

périphéries #17

 
Le soleil qui me mange tout le visage par la vitre du train. Des formes oranges et roses palpitent sous les paupières fermées, la presque chaleur qui rayonne doucement. Peut-être bien que c'est cette histoire de soleil, le problème, même si j'ai trouvé ça stupide quand il l'a dit – comme si je ne pouvais pas être triste pour autre chose que la saison, comme si il n'y avait pas de raison d'être triste.

Mais je nettoie le petit appartement en déplaçant les choses sans vraiment ranger, retournée à l'idée qu'il faudra mettre les livres dans des sacs – encore.
Démonter le canapé-lit, encore, entasser les dinosaures en plastiques et les classeurs, encore.
Je regarde la pièce dans laquelle j'ai vécu juste le temps de m'y faire, le temps d'aimer ça, je pense à tout ce que je projetais en m'installant et que j'ai jamais fait – jamais mis d'herbe synthétique sur les rebords de fenêtre, jamais installé une table de jardin dans la cour.
(quand ma banquière me parle de PEL, je déconnecte, tu m'étonnes)
Mes plantes sont toutes mortes pendant les longues absences où j'étais même pas capable de m'occuper de moi, fanées de manque de lumière directe, on est pareilles, faut croire.

La nausée calée dans la gorge, et des bons moments aussi, mais si je ne dors pas, les larmes hyper facilement, cry me a river et tout l'bordel, pendant des heures, impossible de s'arrêter, dans les bras de maman.

Quand je pense à cette ville qui aurait pu m'adopter si j'avais été capable de tenir le coup – mais je sais que je pouvais pas ; quand je pense à ces jours de soleil mi-septembre au tout début quand ça ressemblait à un nouveau départ... avec les cris des mouettes, et la mer, et tout.
Mais maintenant, je n'irai pas au phare, je n'explorerai pas les hangars désaffectés, je ne me baladerai pas sur le port en t-shirt.
Maintenant, je ne saurai jamais comment c'est le mois de juin, ici.

Ensoleillé, je parie.

vendredi 19 décembre 2014

Both ways open jaws


The Dø nous a fait danser - dans les rayons verts côte à côte têtes inclinées sur le clavier, les épaules soudées beaux comme dans un jeu vidéo comme dans une peinture classique comme quelque chose de pas réel - elle dans sa combi orange de guerrière de l'espace (avec des mains autoritaires), des doigts contre mes doigts.
Dans la lumière rouge et blanche je danse pour moi toute seule, des grésillements plein le ventre et la tête, et une voix à oublier qu'on existe, à plus vouloir que ça s'arrête, avec tous mes sens grands ouverts.





Maman explose mon score au 2048.



A Jardiland je n'ai pas osé libérer les lapins si doux aux grands yeux humides, même si je voyais bien qu'ils en avaient envie.


mercredi 15 octobre 2014

périphéries #16

Dans le noir par les tunnels les chevilles nues
J'espère que mon talisman me protège de ce qui pourrait sortir de la nuit entre les arbres et vouloir m'attraper,
l'herbe est humide des escargots et des limaces noires traversent en dehors des clous - sur le chemin, luisante, immobile, une grosse salamandre retient sa respiration et moi avec elle.
Un lampadaire clignote dans l'air humide, rythme la marche légère de quelque chose d'invisible - sous les arches de pierre des chemins s'enfoncent vers rien
et l'obscurité reste tendrement tout autour de moi, sans me toucher.

samedi 5 octobre 2013

périphéries #12



La ligne de tram - je marche vite, le pas énervé, une vitrine brisée et vaste je ne m'arrête pas une cour entre quatre murs où un homme boxe dans le vide
le mur blanc écaillé dessine la silhouette des toits, des rues aux murs vides, pleins, aux encadrements de fenêtres absentes, portes murées, scellées, avec derrière juste des pièces vides je le sais
on risque de se couper sur le verre un ancien garage, sombre, la poussière et le sol rayé de lumière pâle,
aux fenêtres des draps qui sèchent, roses, rouges et blanc, des plantes qui essaient de s'enfuir, et le vide toujours qui me dit viens derrière les volets jamais fermés derrière les panneaux début de travaux, sous les balcons en pierre sculptée, je regarde les murs râpés, les restes d'affiches, les petits pochoirs, les trous béants des travaux au pied de la grue, les phrases définitives gravées
Le grand air sur les quais, une fille à la nuque rasée et l'ombre chinoise des chiots qui jouent sur la promenade en bois le bruit de la caisse en bois qu'on frappe - un homme chante faux, encore un qu'on retrouvera dans la Garonne,
et au loin, l'orchestre.
(Le conservatoire - un banc sur les quais - le wagon au fond de la gare - le terminus du tram B - un petit bar miteux - le jardin public - un pub irlandais - la maison au papier peint à fleurs la fac la nuit une fenêtre au plafond une partie de billard) Il fait noir maintenant, combien cette ville est chez moi, désormais, combien je pense fort en passant devant l'église à cette personne, à ce moment, à cette odeur.
Tout ce que je ressens et ai jamais ressenti passé à la loupe au pied d'un immeuble désaffecté - et le mois de décembre 2010 qui se rappelle à mon bon souvenir.

jeudi 26 septembre 2013

périphéries #11






Souvenirs de décembre 2010. C'était une chambre avec la marque d'un coup de poing imprimé dans le mur ; cette nuit-là il me réveille en grattant à la porte - presque littéralement. Il veut dormir avec moi ; il me fait un peu peur - ou, me fait-il pitié ? - je n'en ai pas envie. Mais je suis dans sa maison alors c'est difficile. Il s'allonge à côté de moi. Il essaie de caresser mon bras, je recule. Il continue. Il parle, longtemps. Je n'arrive pas, avec toute la concentration du monde, à me souvenir si il a passé toute la nuit là - j'en doute ; à me souvenir du quartier où il vivait ; à me souvenir du contenu des conversations. Je sais que c'était une maison avec un piano dans l'entrée, avec un réfrigérateur énorme dans la cuisine. Je sais qu'il avait neigé la veille, et que ma mère était vraiment en colère que je ne sois pas rentrée dormir à la maison, comme j'avais promis.

samedi 31 août 2013

périphéries #8




La fin de l'été dans une petite station balnéaire de droite allonge sur la ville et sur les gens sa lumière orange. Les pulls qu'on remet le soir et la plage désertée exhalent une nostalgie douce, tendre, comme au cinéma, comme une chanson triste et sirupeuse. Les promeneurs, les pieds dans l'eau et les matins frais. J'ai fini de travailler, mes cartons se remplissent et à midi, la chaleur ne tape plus aussi fort.
Les soirées sont redevenues calmes, les musiciens jouent pour quatre personnes dans les soirées ralenties, le soleil se dissout dans l'océan, couleur et texture des expériences de mon père. Agar-agar et colorant rouge.
Sur la plage l'autre jour, chaque endroit de la peau caressé par le vent tiède encore.
Je roule à vélo le parfum de l'air, les couleurs pastel des maisons de vacances vides, les balcons déserts. La fête foraine va partir, les glaciers ferment.
Je me suis seulement baignée une nuit en juillet, et j'aimerais me baigner là, juste avant septembre, marcher romantiquement dans la mer toute habillée comme Virginia Woolf.
Mano Solo me chante qu'il aime tant la vie que chaque jour elle recommence, à moi seule,
à moi seule.

mercredi 10 juillet 2013

périphéries #6


Les tâches que je préfère effectuer, au boulot, sont celles qui, répétitives, simples et ne nécessitant pas d'interaction sociale, occupent mes mains et ma tête, qui par leur nature même, créent une légère transe, un état de concentration abrutie, une musique à trois accords simples qui reste dans la tête ; essuyer des verres ; plier des serviettes autour des couverts – Geste mécanique, à répétition, essayer de ne pas penser à. J'aligne les verres à limonade sur la desserte et je pense pas à ton sourire un peu de travers et naïf, un sourire de femme un peu sous tes yeux clairs – ou peut-être foncés, quelle est la couleur de ces yeux ? - L'imaginer, ce sourire, destiné à moi, ça me tort dedans, rien que l'écrire ça court sur mes bras en chair de poule, désarmant même absent, et en transportant un plateau rempli de carafes, je ne me retourne pas pour regarder là où il y a aucune raison que tu sois.
Je me chante à moi-même des chants révolutionnaires et des chansons d'amour en débarrassant les plats en terrasse, tout bas, et j'oublie que je déteste ce job idiot, j'oublie que je ne me reconnais pas, que je sais pas ce que je fais ; je nettoie les ronds faits par les verres à vins sur les tables, les miettes et le sucre collé, quand je pense que je suis incapable de dire si tu as les yeux bleus.

samedi 23 mars 2013

90km/h



Je roule à 90 km/h, soigneusement, pour arriver moins vite, je voudrais que ça dure encore, la nuit et l'autoroute, l'obscurité ouverte par mes phares, je voudrais longuement aller tout droit comme ça, n'avoir nulle part où aller, je me fous de l'essence, je me fous de l'heure je veux être là,
seule,
dans les accords de guitare, la vibration du volant sous les doigts,
dans l'odeur de ce pull,
et le bourdonnement du moteur,
dans le noir,
le cœur plein à ras bord,
à 90 km/h.

mercredi 27 février 2013

Attaquons en ses eaux la perfide Albion.



La la la la la, we like monster men.

Je pensais tout le temps je veux dire, tous les jours , à cette phrase : attaquons en ses eaux la perfide Albion.
Ca me faisait penser à la guerre de Troie.
Aujourd'hui par hasard j'ai appris ce que ça voulait dire, et j'en ai cherché l'auteur. C'était mieux de l'ignorer, ça avait une poésie qui pourrait se perdre, qui est déjà perdue. Surtout, le sentiment d'obsession peut se décortiquer, se décliner de mille manières différentes et ça m'aide à me sentir en ébullition, ce qui est mieux que d'être vide. - heureusement il y a d'autres sujets d'émerveillement à part la perfide Albion -
Et c'est amusant de revenir justement de la perfide Albion et de l'avoir ignoré, avant.

Les lumières et les couleurs du wagon de train pourraient être une peinture abstraite si je faisais un effort. Mon voisin à la fois à ma droite et à ma gauche à cause du reflet dans la vitre où je me vois écrire, ça entretient la transe, lueur orange du panneau qui bêtement répète notre destination c'est peut-être au cas où on se perdrait je sais pas si on déraillait ou quoi.
La double ombre des inconnus projetée par les écrans et les ampoules au plafond.

Les trains la nuit, quand des fois, quelques précieuses secondes, un faux contact quelconque coupe toutes les lumières, je voudrais que ça dure toujours.

dimanche 23 décembre 2012

périphéries #0




Noël s'obstine à revenir chaque année, probablement pour faire de la peine à tout le monde.

Je pense parfois à mon arrière-grand-mère, assise sur son fauteuil chez ma grand-mère - ce fauteuil avec des clous de tapissier et tendu de tissu passé - et elle, toute courbée sur son grand âge avec ce chignon argenté qui devait contenir des cheveux vraiment très longs et ses mains. Moi je l'ai jamais connue autrement que comme ça, grise, courbée et souriante et avec ces mains-là, déformées et tordues (parfois je fais ce geste qu'elle faisait souvent en écoutant, cette façon très particulière de placer ses doigts sur son visage). J'ignore si elle était gauchère ou droitière. Je me souviens bien de la photo de son mariage, par contre, du noir et blanc dentelé lointain 
du jour où on a vidé sa maison, ces étages poussiéreux, les grandes armoires, les lits immenses et toutes ces petites boites vertes et blanches ma mère n'a pas pleuré.
Je me souviens un peu de Rose, mais surtout de cette histoire qu'elle m'avait lue, quelques années sûrement avant de partir, l'histoire dans un magazine d'un garçon qui attrapait des oiseaux blessés pour les mettre dans des cages ;

mercredi 19 décembre 2012

les phares


Les phares et les lueurs défilent je comprends quand on dit avaler des kilomètres, l'expression je veux dire, c'est exactement ça au final la voiture qui déchire l'obscurité et avale l'asphalte à 135 kilomètres-heure sous nous – asphalte est un mot délicieux et nous allons au-dessus de la limitation de vitesse. Il a allumé – et fume – un pétard tout en conduisant au départ je pense à lui faire la remarque il y a un bébé la mère de son bébé et deux chiens à l'arrière et moi et toute cette pluie. Finalement je m'en fous. Il ne conduit pas si mal le bébé d'une voix endormie et la radio qui crépite disent des choses et ensuite la nuit confortable et les phares encore flous dans la bruine, lointains qui fusent qui entrent et ressortent de mon champ de vision -
Je m'enfonce plus profondément dans le siège passager dans l'odeur douce de l'herbe et de la voiture d'une famille inconnue. Je laisse les lumières devenir abstraites danser rouge-jaune-rouge-rouge-jaune-blanche-bleue-nuit et faire des filaments de fatigue dans mes yeux d'astigmate. J'espère qu'il n'est pas en train de s'endormir au volant ils sont si gentils lui surtout bien qu'il ne dise presque rien surement pour ça en réalité et il faut forcer la compil trois fois dans l'autoradio pour que les chansons envahissent l'espace tout doucement.
Comme tout est calme, flotter dans le vide intense et traversé de lueurs, de poids lourds, de voitures, dessous la route noire dessus le ciel tout plein d'étoiles, qui fait un dôme sur le rythme parfait d'autres espaces avec, peut-être,
la respiration tiède d'un bébé endormi à l'arrière.