mercredi 16 mars 2016

périphéries #18

 
Avec mon grand-père après le déjeuner.


- Tout ça avant, le long du canal, il y avait des peupliers. Il y avait pas toutes ces maisons à l'époque. À la pause déjeuner, au lieu de rentrer ça m'arrivait d'emmener mon sandwich, je me mettais là, et je tirais des oiseaux.

- Tu travaillais où ?

- Avec mon père, sur les chantiers.

- Mais tu chassais ?

- J'emmenai mon sandwich, mon fusil, et je me mettais là-bas.


[…]

- Ici, à la libération, il y a eu un camp de concentration. Là, à la place du pâté de maison.

- ... Un camp ?

- Oui. Enfin un camp de travail mais en fait c'était un camp de concentration. Les gens mouraient par cinquante.

- Mais c'est resté combien de temps ?

- Oh, je sais pas, de 46 à 50 peut-être ? C'était terrible. On en parle pas, de ça. C'était des prisonniers allemands qui venaient de la poche de La Rochelle. Il y avait plus que trois poches à ce moment sur la côte... c'était heu, Lorient, La Rochelle et Royan.

- Il y a eu combien de prisonniers ?

- Peut-être, disons, 2000 ? Il sont venus à pied de La Rochelle, je me souviens, j'avais oh, dix douze ans ? Il y avait du monde dans la rue, quand t'es enfant et qu'il y a de l'agitation, tu regardes... Ils sont arrivés à pied et un voisin m'a dit «rentre chez toi».

[Plus tard dans la voiture]

- Tout ça, c'était le camp, et là à droite les installations militaires, la piscine et le terrain de sport... C'était pas propre ce qui se passait. C'est des choses dont tu te souviens, j'étais gamin... C'est des choses pas propres.