mercredi 28 août 2019

Notes #13



2017

Janvier

J'ai revu le chat tacheté du cours de la Somme. Il grattait la porte bleue avec insistance.

Dans les toilettes du Black Velvet : «personne ne t'aime... sauf nous» et «refugees welcome».


Février



- T'as rêvé d'une citadelle ?
- Oui, toujours la même.

Trois étudiantes dans le bus. Celle qui parle le plus fort demande aux deux autres : « C'est qui votre sociologue préféré ? ». L'une répond « Oh, je sais pas encore ». La première, d'un ton sûr : « Le mien, c'est Bourdieu ».

7h40 dans le bus. Un homme lit un livre qui s'appelle Travailler tue.

Je vois dans le bus ma meilleure amie du collège. Elle parle avec une autre femme qui descend au bout d'un arrêt, puis elle s'assoit, dos à moi. Ses poignets sont fins, elle porte un manteau élégant. Quand elle met son casque, je lis sur le dos de sa main gauche «kiné 19h», de la même écriture que quand elle avait 14 ans sauf qu'elle ne fait plus de petits ronds sur les i. Je ne lui dit pas bonjour, je me sens trop émue – ou peut-être détachée.

Une jeune femme ou une adolescente dans le bus, avec des tresses qui décolorent vers le blond au bout. Sa lèvre supérieure est maquillée en rouge foncée, sa lèvre inférieure en doré.

Je n'ai pas tiqué lorsqu'il a demandé si c'était «vraiment un viol ou plutôt une histoire de zone grise», mais je regrette, maintenant, de ne pas m'être énervée.

Un jeune ouvrier dans la rue, couvert de fine poussière blanche, dans ses cheveux et sur sa combi, se nettoie le visage à l'eau dans un seau devant une porte de maison.


Mars

Iel me dit : « Je le sens pas du tout ce type, mais c'est quelqu'un, quand je suis dans la même pièce, j'ai envie qu'il m'aime bien»


Mai

«PUBIS» tagué sur une petite gare abandonnée. C'est assez rare pour être relevé.


«Comment tu peux savoir que t'es hétérozygote si t'as jamais essayé la mitose ?»

La voix de Fip au réveil dit : « oui, je me suis étouffée à la fin de mon intervention, du coup j'ai oublié de dire qu'il était 10 heures ».

Une femme au téléphone dans la rue, d'un ton inquiet : « et des renoncules, vous en avez ou pas ? Parce qu'on m'a dit que c'était fini.»




Juin


 
Trois ou quatre grosses bagues argentées, certaines ornées de pierres bleues, aux doigts d'un monsieur dans le bus.

Entendu  il y a quelques mois : « Un mec avec une casquette comme ça ne peut pas jouer du trombone. C'est complètement incongru.»

Dans le bus, un petit enfant bouclé discute avec son père, il porte une peluche de dinosaure toute pelée. Dans les sièges d'à côté, en miroir, une maman enceinte avec son petit blond calme, lequel regarde la scène voisine (l'enfant, le père et le dinosaure) avec de grands yeux sérieux et une mine attentive, presque attendrie.



Le chanteur dit : « la prochaine chanson s'appelle Coton Life... la vie dans l’coton.»


Juillet



Dans la rue, un homme en tenue genre bonapartiste ? Tricorne noir avec cocarde, bottes de cavalier, pantalon beige, épaulettes dorées, veste bleu marine et bordeaux aux manches, fendue en deux à l'arrière et courte devant. 

J'imagine qu'il y a un rapport entre le mec en costume de pénis géant accompagné de ses potes à Grand Théâtre et le groupe de jeunes femmes en rose à Quinconces dont l'une porte un boa en plumes flashy.



2018

Août ?  
 
Un jeune militaire dans le train brosse consciencieusement son béret rouge, les sourcils froncés, puis ouvre un paquet de Pépitos.

Une jeune femme en combi à rayures noires et blanches promène un grand dalmatien.

En voiture, on apprend la mort de la fille d'une amie qui avait un cancer. Elle pleure un peu et on reste silencieux. Un bref orage éclate, on ne voit plus la route, et on manque de déraper dans une flaque géante - le fossé a débordé. Puis le soleil revient.



Octobre

 Le ciel est bleu, barbe à papa rose effilochée, et un croissant de lune.

"Ça remplace avantageusement les oignons"

Une dame dans le train un siège derrière moi sort un carnet plein de texte, y note l'heure au stylo puis le range.

Depuis le train, « PUBIS » (encore) et « BONE » tagués l’un au dessus de l’autre sur une borne électrique. C’est sûrement deux pseudos, mais c’est évocateur.



Décembre

En terrasse. La fille d’à côté et moi étions parfaitement en miroir, mais la personne qu’elle attendait est arrivée, rompant notre connexion.



2019

Janvier 
 
"Fuck it" sur le sac d'une ado.


Février

D. fouille dans les jouets et aligne playmobils, figurines, peluches, pour faire une photo de famille.

Il y a de la lavande dans presque tous les savons de la maison. J’adore cette odeur.

Il a plein de traits de caractère que je n’aime pas. Il envoie les gens faire de petites tâches à sa place ; il écoute Saez au premier degré ; il essaie de dire aux autres quoi penser ou faire ; il se montre à la fois timide et contrôlant.


Mars

- C’est trop fort les abeilles !
- Tout le monde dit ça, mais je me m'y suis jamais vraiment intéressée.

La cage d'escalier sent la peinture fraîche.

Mai

Une citation de Leibniz sur le côté d’une voiture électrique

Une boîte d’intérim qui s’appelle « Happy Jobs - travail temporaire »

Le rouge des coquelicots sur le revêtement cuivré du bâtiment.

Dans la rue, un prêtre lit la Bible sous la pluie. On ne voit pas sa tête, juste son parapluie, le livre, la soutane.

Juin

Le soir, une vendeuse en jean seule dans l’arrière-boutique d'un magasin de mariage, parmi les robes dorées et blanches et le papier crépon au sol, dans une lumière dorée.

Un gros camping-car rétro jauni garé près de la gare. Sur la capucine écrit « la bohème ».

Deux personnes, les pieds dans l’eau dans un canal, saluent mon train qui passe, avec enthousiasme.

Juillet

Une lycéenne pleure soudain parce qu’un membre du groupe de k-pop BTS part faire son service militaire.

Dans les toilettes d’une aire d’autoroute, la femme dans le box d’à côté laisse un message téléphonique d’une voix basse, contenue mais blessée : « il va falloir qu’on parle parce que c’est dégueulasse ce que tu as fait... tu m’as rien dit au dîner... je l’ai deviné parce que... » puis plus tard (sa voix a été couverte par le bruit des chasses d’eau et des sèche-mains électriques) : « moi je suis pas une fille facile... tout ce que je t’ai dit... je suis pas une pute. »

Instantanément, à la première chanson, toute la mauvaise humeur de la journée disparaît - je suis si heureuse d’être là.


Août

 
Elle me montre une vieille photo. Elle a peut-être 30 ans dessus. Blonde, cheveux courts bouclés, elle fume, la main près de sa bouche, le visage presque de profil (cette très belle mâchoire volontaire), elle regarde devant elle. Un bout de robe claire. Son voisin la regarde et lui parle, les deux mains croisées devant lui en hauteur.

Elle attend la fin de la journée, pendant notre promenade sur le chemin bordé de muriers, dans la chaleur lourde, pour me dire « C’est l’anniversaire de G. aujourd’hui. Il aurait eu 93 ans. »

Le geste qu’il fait pour attacher ses cheveux me plait, me calme.


lundi 9 janvier 2017

Notes #12

fin de 2016.


Septembre

Depuis le train. Deux personnes en combi intégrale blanche et masque à gaz démontent un toit en tôle, depuis un petit engin jaune. Une troisième, dessous, dans la même tenue, s'appuie nonchalemment d'une main au mur, l'autre posée sur la hanche, et regarde le train passer.

Je me souviens qu'en partant en vacances d'été, on croyait toujours voir la mer bien avant d'y être, à cause des bâches des serres de fraises, dans les champs, qui brillaient et ondulaient au soleil.


Octobre

Dans le bus que je prends pour aller au travail, il y a souvent cette jeune femme brune, avec un beau visage aux traits prononcés. Elle a des yeux dorés, très lumineux. Ça lui fait un regard perçant que je n'avais jamais vu avec cette couleur.

En l'espace de trois jours, le magasin en face de l'arret de bus qui s'appelait « TakeEat » et vendait des tacos a perdu son enseigne orange et noir et s'intitule maintenant (en lettres rouges sur fond blanc) «Plats cuisinés – Rotisserie».

Porte bleue cours de la Somme. Un chat tacheté fauve slalome entre les techniciens électriques pour entrer dans l'immeuble.

S. dit à maman, devant les photos d'elle jeune fille : « Tu ressembles à Laura Palmer. »

En voiture avec ma grand-mère : « Il y a plein de pins dans ces villages... Avant, quand il y avait un pin parasol dans un jardin, ça voulait dire que c'était une maison protestante.»

Novembre

Bordeaux. Sur un panneau publicitaire, bombé en lettres noires tordues : TRISTE$$E.

Un totebag dans le bus qui dit en capitales I GOT MY EYE ON YOU.

Le panneau du magasin «Plats cuisinés – Rotisserie» a encore changé et dit désormais «Gâteaux Bordeaux», en brun et blanc je crois.

Sur l'arrêt de bus de l'université Montaigne, tagué : «ici émerge un foyer du comité invisible»

Un pigeon picore un os de poulet devant le KFC. On vit dans une société.

Un coupe de jeunes punks italiens me demandent la direction de la place St Michel. Lui a le crâne rasé, des lunettes, un gros manteau de zone polaire. Elle, blonde décolorée, plutôt maigre, habillée sportswear chaud, sauf ses grosses boots à plateforme et à boucle, maquillée très rouge.


Décembre

Un type dans le train : « Dis Siri, appelle maman. Appelle maman. Siri, appelle maman. APPELLE MAM... oh et merde.»

Entendu dans le train : «j'ai cherché des photos de ma mère enceinte, et y en a aucune. C'est bizarre, non ?»

Bordeaux, Victoire. Deux personnes marchent ensemble. Le jeune homme a un cocart sous l'oeil gauche, porte un jean largement déchiré à la jambe, une chemise et un noeud papillon rouge. Ils discutent tranquillement.


mercredi 7 septembre 2016

Notes #11


2016.

Avril

Au marché des Capucins, un homme porte une grande pancarte où l'on peut lire : S'UNIR CONTRE LA VENTE D'ORGANES VOLÉS EN CHINE.

Bordeaux, dans la rue. Un homme, la cinquantaine, en costume gris, porte une cravate Nyan Cat.


Mai

Bordeaux, à Grand Théâtre. Beaucoup de passage. Une femme, la cinquantaine, hyper bourgeoise, collier de perles, robe noire, veste blanche en fourrure, escarpins vernis, et sur la cheville gauche, à travers ses bas noirs semi-transparents, un petit tatouage de dragon tribal qui a bien 20 ans.

Entendu : « elle avait une soeur qui était aussi scolarisée à Sainte-Marie »

Il dit : « Je suis pas conspirationniste, mais.. »

Bordeaux, dans la rue. Deux jeunes femmes qui parlent d'un casting, ou d'un entretien. L'une dit  « Ça me donne envie de pleurer. Tu veux dire que si t'y va avec ton afro, t'es recalée ?» ; l'autre répond : «Tu sais ce qu'il y avait écrit dans les commentaires ? Cheveux ébouriffés ».


Juin

«Tiens, une Triumph... C'est la moto que j'aurai quand j'aurai plus d'enfants à charge.»

Bordeaux, dans le bus. Un père un peu décalé dit à sa fille de 4 ou 5 ans, sur un ton doux cependant : «Dis-toi bien que c'est pas facile de te porter toi et les sacs !... Papa il est cassé, là. Les autres papas ils font pas ça !»

En bus. Un type debout dans un champ, un daim, deux panneaux «utilisez votre frein moteur» également traduit en allemand.

Sur un mur à Lyon, en grandes lettres rouges : J'AIME LES ROUSSES !


Juillet

6h du matin. En ouvrant mon velux, je vois quelqu'un monter sur un toit plus loin. Il s'enroule dans la couverture qu'il a apportée. J'imagine qu'il pleure. Il roule finalement sur le côté et s'endort sur place. Il y reste plusieurs heures.

Août

L'été ne me fait pas grand-chose, cette année.

C'était encore un de ces types qui baisent comme si t'étais pas là, mais qui après avoir joui sont mélancoliques.



lundi 23 mai 2016

Rêve #4


Nuit du 16 au 17 janvier 2016

C'est un rêve qui va vite, où je saute de personnage en personnage. Nous sommes dans un train immense, rapide, qui file sous la neige. Parfois à vapeur, parfois non. On est un groupe, on fait des dessins dans une salle couverte de lino. Un jeune homme familier fait une crise d'angoisse. J'ai déjà vu ça, c'est à cause de son handicap. Je le soulève, le porte dans mes bras, lui parle doucement en lui caressant le dos. Quelqu'un d'autre arrive, un type qui pourrait être dans un film de Tarantino, mais je continue en essayant d'ignorer le fait qu'il me regarde -
Les rails sont maintenant dans la canopée d'une foret tropicale, le train va vite entre les arbres.
Je suis montée au début, je suis un garçon mais je suis sous couverture en fille, et je ne veux pas que mon amie sache -
 - une femme s'accroche aux branches, voudrait monter dans le train, on l'aide.
Quelqu'un finit par tomber entre les arbres.

Réveil.

mercredi 23 mars 2016

Rêve #3

 Nuit du 29 février au 30 mars 2016

[...]
Dans une sorte de vaste lieu carrelé, avec ces deux personnes. Ca sent le chlore, il y a une piscine, une salle d'attente vitrée... Il y a une raison à notre présence mais je sais plus laquelle. P. est de l'autre côté de la vitre. À un moment, il parle à C. et il commence à l'agripper et la secouer. Je cours pour les séparer, je le pousse. Elle porte une blouse jaune, maintenant froissée et tachée. J'ai envie de le frapper mais je me tourne vers C., je prends ses mains et je lui dit que je suis désolée, elle dit que ça va. Je la serre dans mes bras avec l'impression de la faire disparaître.
On doit partir en voyage ou travailler tous quelque part. Mais je m'engueule avec P. On ne veut pas qu'il soit là. Il n'est pas du tout contrit, il me reproche des choses. Je ne sais plus les mots exacts. On se bat, physiquement.
A un moment, je suis en train de sortir de la piscine, en maillot, par l'échelle, quand il fait le geste de lancer un sèche-cheveux dans le bassin. Il y a d'autres gens, aussi je ne pense pas qu'il va le faire, mais il le lâche. Ça n'a aucun effet, j'attrape le sèche-cheveux avec ma main mouillée. Je le lance hors du bassin, puis je me précipite sur P., le soulève avec une grande facilité et le projette dans la piscine.

Nous sommes sommes dans un réfectoire, avec C. et son copain. On demande à une médecin comment ça se fait que nous on soit mis à l'écart tandis que P. peut rester là-bas. Elle sous-entend que c'est plus pratique, car elle n'a pas beaucoup de temps et un seul médicament. Il y a des fleurs sur la nappe en plastique, et la nourriture n'a l'air ni comestible, ni vegan.

Réveil.

Notes #10


2016.


Janvier

Arrêt Terres-Neuves, Bordeaux. Au deuxième étage de l'immeuble d'en face, deux silhouettes fument des points oranges dans la lumière bleue du balcon.

J'ai 23 ans aujourd'hui. Au téléphone, ma grand-mère me dit :  «toi qui es proche de la nature, il faut te lever le matin».

Février

Un homme d'âge mûr me parle de mon vélo jaune, de mes cheveux bleus, et de mes vêtements «en rouge et noir, comme Jeanne Mas».

Elle dit à sa copine : « t'es insupportable. Ton sujet de conversation préféré c'est les maladies. »


Mars

L'écran du tram, qui a un bug, annonce en lettres oranges : « attention lors de eixotto »

Elle sourit avec ses potes, mais sous la table elle enfonce les ongles de sa main droite dans sa paume, le poing serré et blanc.

Entendu (il y a des mois) : « je fais pas du tout la différence entre composite et carbone, en fait. »