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lundi 21 décembre 2015

I wanna go out but I wanna stay home



 
11 h 40, déjà. Il fait un temps magnifique pour un mois de décembre, et j'arrive à être simultanément motivée à l'idée de faire les magasins et vaguement nauséeuse du passage à l'acte. J'ai été tellement enthousiaste d'emballer des cadeaux pour tout le monde cette année et maintenant je voudrais ne pas avoir à regarder quiconque les ouvrir – période critique fin décembre début janvier, super envie de chialer rapport au fait que tout est dégueulasse mais c'est vraiment pas le moment d'une manière générale, et de toute façon il me faut un pantalon neuf.

La libraire dit à la femme devant moi, d'un ton vaguement accusateur (mais pas dirigé spécifiquement) : « mon mari a vu de la neige sur le Kilimanjaro, et ça c'est fini, ça n'arrivera plus jamais ! » et moi j'achète un roman Harlequin défraichi car comment ne pas désirer un livre qui débute par : Debout devant le plan de travail de sa cuisine, Jeff Brooks coupait furieusement des poivrons en tranches, (...) - c'est d'ailleurs ce que j'écrirai dans la dédicace.

Les employés de la bijouterie ne me calculent pas ce qui fait que je n'offrirai pas de bracelet en or à ma grand-mère, et aussi parce que j'ai le sentiment que ce que je veux lui dire est : «cela m'attriste que l'on ne se comprenne pas» et ça n'a rien à voir.

Quelqu'un dit quelque chose, je pense «souviens-t'en» mais j'ai oublié.

Je n'ai pas dormi, je croise ce garçon dans la rue, il ne me voit pas mais j'insiste, réflexe suprêmement idiot que je regrette sur-le-champ
pourquoi faut-il toujours rencontrer des anciens amoureux les jours où on a le teint gris clair et l'air morte et marrant sept ans après un premier amour de rencontrer ses parents – il me présente en disant « on était au lycée ensemble » et pas « je l'ai baisée », ce qui n'a pas toujours été le cas (mais ce n'était pas non plus «on était ensemble au lycée», quand j'y pense) ; il fait une réflexion sur mes cheveux et moi aucune tentative d'être polie avec son père c'est vraiment une journée fatigante.

Dans cette librairie j'ai un fou rire intérieur devant un livre de Sénèque, rapport à... enfin, bref.

Dans les minutes qui suivent je reçois un message de M. J'ai trop d'ex-copains, et ils se laissent tous pousser la barbe. Heureusement la plupart ne m'adressent plus la parole ou l'inverse.

Dans le tram, un homme qui semble avoir des hallucinations visuelles et auditives très importantes trimballe un chat roux dans une caisse à chat qui miaule à la mort, le chat pas la caisse.

Devant la pharmacie un pigeon unijambiste
et aussi plein d'autres choses vivantes.

Je monte l'escalier galvanisée par l'envie d'écrire toutes ces choses, l'appartement est froid et assez sombre. On ne reçoit plus de lumière directe à 15 h 28.


samedi 31 août 2013

périphéries #8




La fin de l'été dans une petite station balnéaire de droite allonge sur la ville et sur les gens sa lumière orange. Les pulls qu'on remet le soir et la plage désertée exhalent une nostalgie douce, tendre, comme au cinéma, comme une chanson triste et sirupeuse. Les promeneurs, les pieds dans l'eau et les matins frais. J'ai fini de travailler, mes cartons se remplissent et à midi, la chaleur ne tape plus aussi fort.
Les soirées sont redevenues calmes, les musiciens jouent pour quatre personnes dans les soirées ralenties, le soleil se dissout dans l'océan, couleur et texture des expériences de mon père. Agar-agar et colorant rouge.
Sur la plage l'autre jour, chaque endroit de la peau caressé par le vent tiède encore.
Je roule à vélo le parfum de l'air, les couleurs pastel des maisons de vacances vides, les balcons déserts. La fête foraine va partir, les glaciers ferment.
Je me suis seulement baignée une nuit en juillet, et j'aimerais me baigner là, juste avant septembre, marcher romantiquement dans la mer toute habillée comme Virginia Woolf.
Mano Solo me chante qu'il aime tant la vie que chaque jour elle recommence, à moi seule,
à moi seule.