lundi 11 mai 2015

Depuis toujours.

 
Je redémarre et je file tout droit.

Quelque chose dans la route me rappelle, vaguement... Quelque chose de quand le bus passait à quelques kilomètres de cette ville... Quelque chose du remuement dans le ventre quand je lisais sur un panneau le nom de cette ville, quelque chose qui savait vaguement comment étaient taillés les buissons de cette route de cette ville... Quelque chose qui était allé chez ce garçon-là une seule fois et se souvenait mal du chemin.

Je prends le dos-d'âne à 50, la secousse est désagréable. Ce n'est même pas le même quartier.

Surprise que la sensation puisse resurgir, pas intacte tout à fait, après ce temps – pas tellement de temps, seulement quelques années très différentes. Ça file et quand je veux le cerner ça se dissipe. Surprise, peut-être d'ailleurs en bien, par une copie floue, une sauvegarde disque-dur de ce quelque chose qui

Avant que ça parte, ça éclaire très brièvement tout un pan de trucs qui replongent immédiatement dans l'obscurité.
Comme au bord du réveil on met le doigt – l'esprit - sur quelque chose de très exact puis on oublie, le quelque chose promène un instant une lumière d'évidence sur une personne un tout petit peu différente

Pas du tout, à vrai dire, quelque chose sur ce garçon-là et ce que c'était ;
mais quelque chose sur pourquoi on s'agenouille dans les graviers pour ce garçon-là et puis pour ceux qui le demandent ; quelque chose sur les coquilles d'huitres dans la nuit ; quelque chose sur ce que c'était d'avoir cet âge.

Il fait encore jour, il est presque 22 heures. Le ciel est rose et je fais défiler les stations de radio à la recherche d'une conclusion. Quand ça tombe enfin sur cette chanson, je pourrais me figurer que c'est un signe, mais je sais bien que les radios passent tout le temps Louise Attaque.