mercredi 10 juillet 2013

périphéries #6


Les tâches que je préfère effectuer, au boulot, sont celles qui, répétitives, simples et ne nécessitant pas d'interaction sociale, occupent mes mains et ma tête, qui par leur nature même, créent une légère transe, un état de concentration abrutie, une musique à trois accords simples qui reste dans la tête ; essuyer des verres ; plier des serviettes autour des couverts – Geste mécanique, à répétition, essayer de ne pas penser à. J'aligne les verres à limonade sur la desserte et je pense pas à ton sourire un peu de travers et naïf, un sourire de femme un peu sous tes yeux clairs – ou peut-être foncés, quelle est la couleur de ces yeux ? - L'imaginer, ce sourire, destiné à moi, ça me tort dedans, rien que l'écrire ça court sur mes bras en chair de poule, désarmant même absent, et en transportant un plateau rempli de carafes, je ne me retourne pas pour regarder là où il y a aucune raison que tu sois.
Je me chante à moi-même des chants révolutionnaires et des chansons d'amour en débarrassant les plats en terrasse, tout bas, et j'oublie que je déteste ce job idiot, j'oublie que je ne me reconnais pas, que je sais pas ce que je fais ; je nettoie les ronds faits par les verres à vins sur les tables, les miettes et le sucre collé, quand je pense que je suis incapable de dire si tu as les yeux bleus.