La ligne de tram - je marche vite, le pas
énervé, une vitrine brisée et vaste je ne m'arrête pas une cour
entre quatre murs où un homme boxe dans le vide
le mur blanc écaillé dessine la
silhouette des toits, des rues aux murs vides, pleins, aux
encadrements de fenêtres absentes, portes murées, scellées, avec
derrière juste des pièces vides je le sais
on risque de se couper sur le verre un
ancien garage, sombre, la poussière et le sol rayé de lumière
pâle,
aux fenêtres des draps qui sèchent,
roses, rouges et blanc, des plantes qui essaient de s'enfuir, et le
vide toujours qui me dit viens derrière les volets jamais fermés
derrière les panneaux début de travaux, sous les balcons en pierre
sculptée, je regarde les murs râpés, les restes d'affiches, les
petits pochoirs, les trous béants des travaux au pied de la grue,
les phrases définitives gravées
Le grand air sur les quais, une fille à
la nuque rasée et l'ombre chinoise des chiots qui jouent sur la
promenade en bois le bruit de la caisse en bois qu'on frappe - un homme
chante faux, encore un qu'on retrouvera dans la Garonne,
et au loin, l'orchestre.
(Le conservatoire - un banc sur les quais - le wagon au fond de la gare - le terminus du tram B - un petit bar miteux - le jardin public - un pub irlandais - la maison au papier peint à fleurs
la fac la nuit une fenêtre au plafond une partie de billard) Il fait
noir maintenant, combien cette ville est chez moi, désormais,
combien je pense fort en passant devant l'église à cette personne,
à ce moment, à cette odeur.
Tout ce que je ressens et ai jamais
ressenti passé à la loupe au pied d'un immeuble désaffecté - et
le mois de décembre 2010 qui se rappelle à mon bon souvenir.